Mardi 27 janvier 2009


Les japonais que je fréquente habituellement sont des spécialistes, attirés comme des mouches par les étrangers. Peut-être ont-ils vécu à l'étranger ou peut-être y pensent-ils. "Je ne suis pas une vraie japonaises" m'a-t-on dit un jour, "je parle anglais et je n'ai pas peur des étrangers".

Les japonais du club de ski de rando, eux n'avaient rien demandé. C'est l'etranger (moi) qui leur ai tombé dessus par surprise. Maintenant ils sont bien obligé de gérer le problème. Presque tous les clubs de sports de montagne de tokyo - une cinquantaine tout de même parlent de backcountry skiing ou de ski-mountaineering  - ayant leurs pages internet exclusivement en japonais, j'ai dû ruser. Sur chaque page j'ai repéré les liens vers les mails.

J'ai un jour reçu une réponse de Sakano-san. Longtemps nous avons échangé par mails. Il me posait moult questions sur moi, mon expérience de la montagne, etc ... ça tenait du casting. J'imaginais des consultations entre chacun de mes mails, des comités occultes, comme pour rentrer dans un club très fermé. Puis un jour j'ai reçu un mail en japonais du président du club, traduit par Sakano-san. J'étais accepté. Bienvenu, moyennant une condition cependant : apprendre le minimum de vocabulaire japonais afin de garantir la sécurité.  

Notre relation épistolaire pris fin un soir, nous avions rendez-vous devant le monument locomotive à vapeur de Shimbashi. Je devais le reconnaître à sa corde d'escalade. J'ai vu arriver un vieux bonhomme un peu voûté, de l'âge de mon père. Sur le moment ça m'a un peu inquiété. Depuis je l'ai vu descendre les flancs abrupts d'un volcan, zigzagant dans la poudreuse entre les arbres, et ça m'a rassuré. Alors que l'anglais des mails de Sakano-san était excellent, nettement plus subtil que le mien, à l'oral ce fut dur. Il ne me comprenait pas, et avait du mal à former ses phrases. Ce n'est pas la première fois que je rencontre cette dichotomie oral / écrit. D'ailleurs au boulot, j'ai desormais tendance à privilégier l'écrit avec mes collegues japonais. Mais je m'égare.

Au restaurant, il y a la un ingénieur en tremblement de terre qui construit des centrales nucléaires, un économiste de la Banque du Japon habitue des emissions de tele, un ingénieur chimiste, etc ... Certains ne sont plus tout jeunes, mais l'une reviens juste de séjour d'héliski au Canada et s'apprête à partir pour tenter la Haute-Route. L'un est spécialiste de la Norvége. Un troisième a fait le Mont-Blanc. Chacun défile sur la chaise à mes côtés m'expliquant ses exploits avec son maigre anglais. Quand c'est un eu technique, un schéma ou une carte improvisée sont rarement inutiles. Les alpes françaises sont omni-présentes. La revue du club s'appelle "La Neige" (en français et en romanji). Au Japon comme ailleurs pour un passionné de montagne, Chamonix c'est quand même quelquechose. 

La réunion préparatoire de la course fut celle de tout club de montagne. Preuve que j'étais le bienvenue, Sakano-san avait préparé un document en anglais où tout était expliqué. Ce document ne servira qu'à moi, évidemment. On vérifie que les arva fonctionnent, untel-san rappelle la courbure des lignes du champ magnétique émis par les balises, on présente la course, on organise les voitures... Au tableau tout était écrit en Kanji, Hiragana et Katakana. Touche d'exotisme, seul "Malco-san" (sic) émergeait en alphabet latin. Magnanime, je leur ai fait grâce de mon prénom en entier et de sa prononciation exacte.

La première sortie racontée dans le post suivant. Les photos de cette page en sont issues.





Par Marc-o - Publié dans : Randonnée, montagne - Communauté : Voyages et culture Japonaise
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Mercredi 21 janvier 2009
A l'aéroport de Tokyo-Haneda, je reconnais sans peine mon comptoir d'embarquement. Le panneau lumineux annonce -11°C, la température d'Hakodate sur l'île d'Hokkaido. Dans ce hall surchauffé, certains passagers ont déjà enfilés gants et bonnets. Prêts pour l'aventure hokkaïdienne. J'ai parfois l'impression que les Tokyoites se rendent plus facilement à Paris qu'à Hokkaido pour leur brefs congés, Paris c'est moins l'aventure qu'Hokkaido.

A l'arrivée à l'aéroport, c'est un autre pays. Les inscriptions en alphabet cyrillique renforcent cette impression de Siberie. Vladivostok est là, juste en face, à moins d'une heure de vol. 

Un autre pays de neige, aux rues quasi-desertes, loin de la folie de Tokyo. Pourtant les grands magasins sont bien les mêmes, la preuve on peut acheter des sacs Louis Vuitton. Et les adolescentes ont presque les mêmes tenues excentriques qu'à Shibuya. Certaines rues fleurent bon le japon disparu, les maisons sont faites de bois recouvert de tôles. Mais le reste de la ville ressemble à une ville japonaise.




Des moeurs étranges, parfois absurdes. Comme ces piétons qui attendent patiemment que le feu passe au vert, alors qu'il n'y a pas une seule voiture à la ronde, dans ces rues blanches. Ca et là, ces hommes qui font la sieste dans leur voitures, moteur allumé. Madame les empêche-t-elle de faire la sieste à la maison ? Cette famille qui pêche dans le port juste à côté d'une barge gluante de cambouis. Est-ce pour le repas du soir ?



Hakodate est une ville particulière, elle a servi de base aux japonais a coloniser Hokkaido, mais elle a aussi été concédée aux hommes du Commodore Perry, venu négocier à la cannoniére l'ouverture commerciale du japon. La ville est parsemée de restes de ce passé particuliers, un consulat russe, un "cimetière des étrangers", une église orthodoxe, etc ...

Un "important" épisode de l'histoire franco-japonaise s'est également déroulé dans cette ville, c'est dans le fort aux accents vaubanesques que s'est achevé la timide république d'Ezo au bout d'un an et demi d'existance. République indépendante d'Hokkaido, fondée en 1868, par des soldats dirigés et conseillés par des français. Plus de détails ici. L'aventure a duré un an et demi. Aurions nous echappe de peu a "Hokkaido perle de l'empire colonial francais" ?

J'ai mis d'autres images d'Hakodate ici, notamment de pêcheurs, une rue de bois et de tôles, etc ... Au passage, si quelqu'un sait quel type de poissons on eut pêcher avec ces drôles de bâteaux équipés de gigantesques ampoules électriques... On me souffle dans l'oreillette que c'est pour la pêche au calamar.



 
Par Marc-o
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Jeudi 15 janvier 2009


Superbe randonnée en raquette - la première pour moi. Promis je ne prendrais plus cette activité de haut, faire la trace dans 50cm de neige fraîche nécessite une condition physique de top niveau. Je note quand même que sur des pentes raides ce moyen de locomotion n'est pas des plus pratiques, ni à la monté ni à la descente. Ca se termine souvent sur les fesses, façon toboggan.

Les lieux sont peu fréquentés : nous ne croisons que 5 ou 6 personnes en 5 heures de ballade. Comme quoi il est possibe de se retrouver presque seul et en pleine nature dans ce pays, mais ça fait longtemps que je n'ai plus de doutes à ce sujet. 



Le but de la rando était cette grotte tapissée de stalagmites de glaces, dont l'entrée émerge à peine de la neige  :



Il va sans dire que sans le recours à des autochtones je n'aurais pu envisager de fréquenter des tels lieux : les topos sont en japonais, totalement indéchiffrables pour l'étranger analphabète que je suis.



Le soir, dans le Onsen réparateur, un (très) vieux japonais me demande d'où je viens. "Ah, j'ai appris le français, mais c'était il y a plus de 75 ans. Pensez-donc j'ai tout oublié."

A la gare, mes quatre japonaises vont s'acheter une petite canette de bière pour le voyage ... le grand modèle de  canette en plus. Je ne sais pas vous, mais pour ma part je n'ai jamais vu en France de femme - ni d'homme d'ailleurs - se descendre une mousse dans le TGV. Or c'est finalement assez fréquent au Japon.

J'avais déjà vu cette scène en rentrant de Nikko, il y a quelques mois. Quatre japonaises de retour d'une journée dans les temples de Nikko superbement vêtue dans leur kimonos traditionnels. Elles s'enfilaient chacune une petite canette de bière en papotant entre copine. Nikko est un lieu "saint", et je me demande depuis si les pèlerins rentrant de Lourde ou de St Pierre de Rome dégainent leur canette sitôt montés dans le train.

    
Par Marc-o - Publié dans : Randonnée, montagne - Communauté : images du monde
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Vendredi 9 janvier 2009
Au départ de la gare de Tokyo-Ueno, le ciel est d'un bleu parfait, le temps sec de l'hiver. Et puis, au détour d'un long tunnel, c'est un autre pays. Le paysage est subitement blanc, des tonnes de neige, un ciel bouché. "Un pays de neige" pour citer Yasunari Kaabata (prix Nobel de littérature évidement bien connu de tous les lecteurs de ce blog). 

Lors de son entrée en gare d'Echigo-Yusawa, le train est acueilli par des jets d'eau. Un peu comme sur ces photos de paquebots entrant dans le port de New York, entourés des gerbes d'eau des bateaux-pompes. Sauf que là c'est un Shinkansen Max plein à craquer de skieurs et c'est au Japon. Les jets d'eau froide, c'est une technique originale pour déneiger. Partout, dans la gare, dans les rues, sur les parkings, on patauge dans cette eau de déneigement.



La quantité de neige est tout simplement phénoménale, alors que l'altitude reste assez faible  - 900 m en haut des pistes. La poudreuse est excellente, légère mais collante et mes skis s'en sortent à merveille.

Lorsque je perd un ski sur le télésiège, un jeune technicien du télésiège m'installe à côté du poële où chauffe l'eau du thé. Il va récupérer ce ski, me fait-il comprendre. Il chausse alors des raquettes d'un autre temps, de bambou et de cordes. Du genre qu'un samouraï n'aurait pas renié. C'est aussi ça le japon : un Shinkansen dernier cri vous dépose au pied des pistes, mais le personnel ne dispose que de raquettes moyen-âgeuses. En tout cas la qualité de service japonaise n'est pas un vain mot : il me ramène mon ski, tandis que j'attend bien au chaud. Un exploit, car compte-tenu de nos niveaux respectifs en japonais et en anglais je n'ai pu lui expliquer où était tombé le ski. Merci !

Je passe sur la musique sur les télésièges et autres éléments kitches qui tiennent plus du parc d'attraction que de la montagne sauvage et pure.



(ça penchouille et c'est totalement déformé, je tenais mon appareil de travers et en contre-plongée, ça ne pardonne pas. L'appareil dans une main, les skis dans l'autre. C'est dommage, mais j'aime bien)

Dans le district de Niigata, point de raclettes ni de fondu à l'issue d'une journée de ski. Après le Onsen réparateur, l'on se rue plutôt sur les champignons et sur le riz de montagne. Des spécialités locales. Le riz de Niigata est très réputé, à la fois pour son "cépage" particulier (le Koshihikari) et pour son "terroir" unique (très arrosé).  Mes japonais ne peuvent s'empêcher d'offrir cette découverte à un français. Ils poussent des ôôôhh et des âââh à la dégustation. Cette curiosité pour l'expérience gustative, pour les spécialités locales est un des traits commun qui scelle la complicité franco-japonaise.

Ce riz semble un régal pour un palais japonais, leurs yeux pétillent. Pour moi c'est juste du riz, préparé à la japonaise : blanc, sans assaisonnement, un peu fade. Du riz comme j'en mange depuis 6 mois ... Eux en rajoutent dans le "hmmmmm". J'ai même droit à une petite moquerie : "Comment ? Un palais français, le plus fin du monde, ne devrait s'y tromper". D'habitude les japonais ne sont ni caustiques ni narquois.

La semaine suivante, je parle de cet épisode douloureux à un collègue japonais, originaire d'une région voisine. Il me pardonne volontiers de n'avoir pu distinguer le Koshihikari du riz de base. Après tout, si peu de japonais sont capables de distinguer un Bordeaux d'un Bourgogne - je n'ai osé lui dire que les français ne font guère mieux. Par contre apprendre que les gens de Niigata se sont appropriés ce riz le courrouce au plus haut point. C'est dans sa région à lui qu'a été inventé cette race de riz ! Région certes voisines, mais qui n'a stri-cte-ment rien à voir avec celle de Niigata  !!

Querelles paysannes de terroirs japonais, à laquelle l'étranger ne peut assister sans penser au village d'un héros de bande dessinée moustachu.

 

(pour les photos, quand y a pas de lumière, y a pas de lumière) 
Par Marc-o - Publié dans : Randonnée, montagne - Communauté : Expatrie(e)s
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Lundi 5 janvier 2009

Tout d'abord Bonne Année ça se dit comme ca :

あけましておめでとうございます!

Akemashite omedetou gozaimasu.


Une petite visite à Shibamata (Tokyo) durant ce week end du nouvel an ...


Mal m'en a pris : le nouvel an au Japon est une tradition ancienne, les gens se ruent dans les temples pour prier. Ce n'est donc pas forcément la bonne période pour visiter. Des policiers canalisaient même le flux des piétons. Une rue piétonnière à sens unique, je n'avais encore jamais vu cela. Pour plus d'informations sur les traditions du nouvel an au japon, voir par exemple ici.

Je ne voudrais pas être mauvaise langue, mais il y avait beaucoup de monde devant les stands de Yakitori de viande et de poisson et autres casse-croutes délicieux proposés par les marchands du temple. Peut être même plus de monde qu'à l'interieur des temples.

Quelques preuves avec ces stands photogaphiés juste devant un temple de  Shibamata (au demeurant une rue pleine de cachet, bien que desormais tres touristique):








    
Par Marc-o - Publié dans : Tokyo - Communauté : Voyages et culture Japonaise
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