Tokyo Hospital ...

Publié le par Marc-o

L’ascension du Mont Fuji était prévue depuis presque un mois. Dans l’unique souci de vous alimenter en récits originaux j’avais choisi octobre, une date peu banale puisque les hordes japonaises le gravissent exclusivement en juillet et en août. Trop banal. J’ai changé de programme vendredi soir pour une autre destination : l’hôpital de Tokyo pour une appendicite !

Au premier abord il en va des hôpitaux japonais comme des refuges en montagne : au comptoir d’accueil, c’est la panique, on s’en va querir le spécialiste en anglais. La suite diffère cependant : le chirurgien parle bien anglais, et lors des analyses les opérateurs maitrisent toujours la phrase adéquate : « tournez vous », « tendez moi votre poignets », etc... Je ne tarde pas à découvrir la supercherie. Sous la blouse, ils cachent un petit manuel de japanglais hospitalier. Je découvre le pot au rose lorsque face à mon incompréhension l’un d’entre eux se résout à me montrer directement sa source. (Je me moque, mais je me demande bien si un tel manuel existe dans les hôpitaux français).

Je me souviens de la lecture d’un récit de Nicolas Bouvier, dans le japon des années 50. Le docteur japonais ayant ausculté sa femme alors enceinte conclut « vu les résultats des analyses, pour une femme japonaise je dirais que le diagnostic est bon. Mais pour une femme européenne, je ne suis pas sûr que ça fonctionne pareil». Les temps ont-ils changés ou m’ont-ils radiographié pour vérifier le positionnement de l’appendice d’un français ?

S’en suit une réunion formelle, avec le chirurgien et toute son équipe. Le niveau d’anglais du chirurgien, la clarté de son exposé et les multiples schémas animés me rassurent un peu. Je ne voudrais pas me réveiller avec un pansement sur l’œil droit plutôt que sur le ventre, juste pour des petits soucis de communication. Etrange situation, à 10 000 km de chez soi, face à un japonais qui se propose de vous ouvrir le ventre séance tenante. Inutile d'appeler mon avocat ou mon ambassade, bien obligé de lui faire confiance.

Au reveil je suis un peu déçu : je m'attendais à une blessure de guerre, du genre qui épate les filles, mais je n'ai qu'un petit pensement de 3cm de long. Les infirmières sont aux petits soins. Elles ne savent comment m'appeller, un coup c'est Marc-san, un coup c'est Olivier-san, Marc-Olivier-san, ... L’une d’entre elles me dit qu’elle espère bien qu’un de mes collègues japonais viendra me rendre visite : il y a des papiers à remplir, tous en japonais. Et de fait, un collègue japonais ne tarde pas à arriver, avec un bouquet de fleur. Mal lui en a pris, je le mets immédiatement au travail.

Mes compagnons d’infortune font des efforts pour nouer la conversation, mais à mes tares linguistiques s’ajoute la torpeur post-opératoire de chacun d’entre nous. Ca contribue à rendre l’ambiance assez sordide dans ces chambres collectives vieillotes. Les conversations se limitent à des échanges du type :
- Moi mon problème c’est la rate, et vous ?
- Bah moi c’est l’appendicite


Il y a bien un petit garçon qui me prête ses jouets deux minutes, mais pas plus. Je pense qu’il se méfie. Dès lundi matin on me laisse le choix de sortir, ça tombe bien les batteries de mon blackberry était vide et mes lectures achevées. On se lasse assez vite des matchs de baseball ou de catch de la télé japonaise.

N’ayant pas fréquenté les hôpitaux français (du moins en tant que victime) depuis 25 ans, je serais bien en peine de tirer un bilan comparatif de cette expérience. Et pour le Fuji-san, je pense que ce sera pour l’année prochaine ou pour cet hiver.

Publié dans Tokyo

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Simon 04/11/2008 09:50

J'ai vu ce matin dans le journal, qu'hier, il y avait eu lieu un "DÉFILÉ POUR LA JOURNÉE NATIONALE DE LA CULTURE AU JAPON"
J'espère que tu nous a pris plein de photos !!!

Ilaria 12/10/2008 21:12

quand on dit que pour connaitre un pais il faut connaitre sa culture et traditions...ca signifie pas que il faut aller a' l'hopital!?!

Simon 07/10/2008 11:14

"Il y a bien un petit garçon qui me prête ses jouets deux minutes, mais pas plus. Je pense qu’il se méfie."
:o) MDR

A-j 07/10/2008 10:18

Trop chou ^^
A titre d'informations, si tu as juste une petite cicatrice c'est que tu es bien fait. J'espère que tu es rassuré

Sol 07/10/2008 09:37

Quel dévouement sans borne!! Tester le système médical autochtone!!! Quelque soit le pays c'est un sacré défi.
Bon, mais aussi tu cherches les ennuis: programmer le Fuji après l'échec du Mont Aiguille... Fatalité quand tu nous tiens!!!

Bon rétablissement