Xinjiang

Publié le par Marc-o

Oui, c'est blog sur le Japon, mais je me permet de raconter aussi mes escapades dans le coin. Enfin, Kashgar, capitale culturelle du Turkestan Oriental (Xinjiang) est tout de même presque à mi-chemin entre Paris et Tokyo. 5h de vols à l'intérieur de la Chine avec mes 35kg de bagages (dont mes skis). Ce n'était peut-être pas la bonne année, mais  le désert du Taklamakan j'en ai rêvé, avec Ella Maillart et d'autres. Il fallait donc saisir l'occasion.

Le voyage commence par une rencontre avec Danny à l'aéroport de Beijing Capital. Jeune business-woman chinoise branchée sur blackberry. Mignonne et souriante comme une japonaise, elle part en business trip à Hong Kong. On fait le même métier et on a les mêmes aspirations. On échange nos cartes de visite - euh enfin pas moi, je n'ai pas pris de cartes de visite.

Une autre ambiance à Kashgar : pas de communication internationale, internet coupé.  Des camions comme celui-ci patrouillent en permanence, fourrés aux soldats chinois avec une mitraillette et un regard méchant. D'autres sont postés devant la Mosquée Id Kah. En plus, ils ne veulent pas être pris en photo. 



Ce déploiement de force ne semble guère troubler la quiétude du vieux Kashgar. Lorsqu'on est comme moi passé en Ouzbékistan et au Kirghizistan on ne peut qu'être frappé par la similitude des physiques, des attitudes, des caractères. Lorsque je me ballade dans le vieux Kashgar, il ne faut pas longtemps pour être invité à prendre une photo, à boire du thé ou un infame tord-boyaux chinois - les ouighours sont musulmans, mais ça n'empêche rien. Nous n'avons pas de langue en partage, mais on se débrouille. S'ils sont différents des chinois han, la diversité des visages est grandes. Certains ont les yeux verts. 



Un jeune ouighour nous raconte que nous venons du paradis. Là-bas en France le gouvernement ne coupe pas le téléphone ou internet pour un oui pour un non. "On m'a longtemps raconté le contraire, mais  un jour je me suis aperçu qu'il y a là-bas en Turquie des gens qui me ressemblent, pensent de la même manière que moi et parlent une langue proche de la mienne".

Rencontré dans un fastfood chinois de Kashgar, un jeune han travaillant pour le gouvernemet me raconte qu'il "n'aime pas les ouighours", parce que "ils sont pauvres" et qu'en plus "ils ne font rien pour s'en sortir". Certains Han sont très réceptifs à la propagande ambiante : "heureusement l'armée est là pour nous défendre. Chaque nuit il y a des agressions dans la vieille ville. Des gens disparaissent". D'ailleurs, nous autres les touristes on ferait mieux de ne pas s'y aventurer seul dans cette vieille ville.

Le contraste est donc vif entre chinois Han et Ouighours. Les deux communautés cohabitent plus qu'eles ne se mélangent. Les ouighours semblent accrochés à un mode de vie immuable et paisible tandis que les Han sont là pour faire de business. J'ai l'impression que ce sont eux qui tiennent l'économie moderne - les magasins à l'occidental de l'avenue R, par exemple. Aux Ouighours le petit artisannat, la vielle ville de brique, etc ... Il est vrai qu'en tant que touriste on a plutôt tendance à prendre fait et cause pour les Ouighours, tant les relations avec les Han sont sèches, leurs attitudes déroutantes.  J'ai cependant pu m'apercevoir que cela ne présage de rien (comme je le raconte ici).



De grandes saignées dans la ville sont assez répandues. Heureusement les nouveaux bâtiments récents ont abandonné le style stalinien pour un style plus locale, de brique et aux allures orientales.




Parti pour descendre me frotter a désert du Taklamakan et pousser un peu plus loin sur la route de la soie vers Yarkand, je prend un bus régulier. Au premier check point, ça se termine au poste de police. Passeport oublié. 

On va chercher l'anglophone de service, un jeune agent de police chinois qui parle très bien anglais - ça m'a beaucoup rappelé mon arrivée dans un refuge en montagne japonais ou dans un hôpital japonais. L'interrogatoire commence mal, il m'apprend que mon nez est "trop petit pour être celui d'un français". On ne la lui fait pas à lui, les français ont le nez long, c'est bien connu. D'autant que l'appareil photo et le Lonely planet (sic) laissent penser à mes geôliers que je suis un journaliste. Pas de passeport, journaliste, menteur ... mon compte est bon. Surtout avec les événements récents.   

Finalement mon traducteur est partagé entre sa curiosité et son devoir de me cuisinier. Il se montre finalement intrigué par les détails de ma vie privé. C'est quoi mon métier, combien je gagne, si j'ai une voiture, etc .. Bref on finit par papoter entre amis, sous les yeux du tortionnaire en chef qui n'y voit que du feu puisqu'il ne pipe pas un mot d'anglais. 

Ma proposition de bon sens sera acceptée, j'irais entre deux policiers chinois récupérer mon passeport à l'hôtel.

Plus de photos de Kashgar et des environs  ici.
Et une sélection

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olivia 18/09/2009 19:16

Excellent Chef... un récit palpitant et émouvant visiblement...
et alors, la chinoise, que devient-elle :-p ?

Titi 17/09/2009 17:04

Enfin des détails sur cette nuit au poste...
sérieux j'hallucine :-)!!!

digitof 17/09/2009 10:58

Excellent reportage. Heureusement, qu'ils ont accepté que tu ailles chercher ton passport